07 octobre 2009

Eté indien, automne tardif

C'est l'automne, j'ai déménagé précisément dans Tiergarten: pour la première fois, j'avais un contrat à mon nom, mais tout s'est fait si simplement, si naturellement que je m'en suis à peine rendu compte à cette immense différence près que j'aime beaucoup mon nouvel appartement, la vue sur les arbres et un bel immeuble à fronton néo-classique, la lumière qui entre généreusement par les fenêtres, le balcon, les grandes portes en bois et surtout mon piano qui trône au milieu du salon.
Je me sens tellement "chez moi" ici et à Berlin en général que je pense plus écrire à ce sujet, bien qu'il y ait encore beaucoup à dire.
L'été a été si beau, si long qu'il y a deux semaines encore je me baignais dans un lac. C'était si facile, je prenais mon vélo, dix minutes plus tard j'étais à Plötzensee au bout d'un joli chemin le long du canal.
C'est une autre vie, une atmosphère toute différente, beaucoup d'arbres, de beaux immeubles dans des rues un peu solitaires, d'anciennes fabriques, de belles églises en brique, une population très mélangée, beaucoup de vieux Berlinois, des magasins turcs, qui rivalisent en étals de fruits masi aussi brusquement des avenues très passantes, du béton gris, en somme il faut connaître les bons chemins.

L'automne est arrivé insidieusement, les feuillages ont rougi, la lumière est plus brumeuse, on remarque les jours plus courts. Une douce mélancolie alterne avec des ciels radieux encadrés de feuilles dorées et dans le Tiergarten entre chien et loup les couleurs sont surprenantes.


Les souvenirs des années précédents ressurgissent, rien n'est vraiment nouveau mais tout a encore plus de prix.
J'assiste de manière imprévue à magnifique concert à la philharmonie et je réalise que je suis toujours à Berlin et qu'entrer par l'entrée des artistes grâce à un peu d'audace montre que trois ans sont bien écoulés.

15 juin 2009

Stadtbad Tiergarten

Le ciel est bas et lourd, je m'extrais à grand peine de mon 200 m2 et je file à travers le Tiergarten, une odeur entêtante de tilleul , les branches ploient sous les fleurs, je commence à revivre, tout est gris autour mais je partage avec moi-même le secret de l'odeur. Je passe le pont sur la Spree, quelques mètres et c'est Alt-Moabit, quartier peu branché s'il en est où contre toute attente, je me sens chez moi : là c'est vraiment populaire et peu sophisitiqué, pas un café pour racheter l'autre, mais tant mieux! Là, des gens vivent "normalement", qui ne se demandent pas s'ils iront à un vernissage le soir et qui font tout simplement leurs courses à l'Aldi du coin. Des femmes turques avec des enfants pas léchés. Je découvre la piscine derrière des allées d'arbres entrecoupées d'immeubles, une grande piscine pas carrelée et astiquée comme à Stadtbad Mitte, mais propre et peuplée de gens de tout âge, de toute origine.
Certes je me serais passée des quelques Allemands baraqués qu'on rencontre inévitablement dans les piscines, crâne rasé, épaules carrées, déplaçant des mètres cubes d'eau à chaque coulée crawlée, type d'ailleurs universellement répandu pas seulement en Allemagne, mais quand-même il faut le dire spécialement redoutable par ici.
Enfin, je ressors détendue, une sexagenaire me regarde avec effarement parce que je me douche à l'eau froide - je lutte comme je peux pour m'adapter au climat.
Je reviens par Lützowplatz, je traverse à l'Urania mais nager m'a remplie d'une mansuétude infinie envers la laideur de ces rues et j'en oublie à quel point je les hais d'habitude. Pourquoi donc me suis-je interdit d' aller à cette piscine depuis deux ans et demis que je sais qu'elle existe?
Pouvoir des préjugés sans aucun doute.

22 mai 2009

Brückentag

Bénie soit l'ascension qui m'accorde quelques jours de liberté bien chère payée. Il est seulement dommage que le ciel ait tendance à grimacer et nous déverser des pluies tropicales, dont se réjouissent à juste titre ces rhododendrons généreux dans mon Tiergarten favori...



Je n'étais d'ailleurs pas la seule à en goûter les couleurs et les odeurs exhalées par la pluie. En effet j'y ai rencontré une concurrente et non des moindres.
Je m'aventure aussi beaucoup plus loin bien sûr, j'étais à Dahlem dimanche dernier. Sous un ciel rayonnant j'ai roulé deux heures traversant une ville qui ressemble bien plus à la campagne anglais telle que je me l'imagine qu'à une grande capitale de l'est :



Je me suis retrouvée au bord d'un lac, lieu de promenade et défilé canin de la plus haute tradition résonnant d'aboiements ridicules se faisant écho, dans Grünewald. Je m'en suis vite éloignée. Le malheur n'était pas grand heureusement car dans la profondeur des bois le sons s'atténuent et l'on n'entend plus que le chant cristallin d'oiseaux enchanteurs.
C'est d'ailleurs la saison des rossignols.. Je les entends le soir s'égosiller dans la nuit pour mon plus grand ravissement quand je traverse le Tiergarten.
Ce musicien chante aux abords de la Philharmonie, la Philharmonie où j'ai entendu un très émouvant concert ce soir : Abbado dirigeant les Philharmoniker, un son qui ressemble à un tissu soyeux, d'une finesse qui fait craindre que le fil ne s'en brise, puis des explosions de timbales et des ondulations maritimes et des cors accompagnant des voix qui viennent du tréfonds dans une salle comble comme je ne l'ai jamais vue, des applaudissements à n'en plus finir pour célébrer ce miraculé de la musique... Joues creuses, auguste et digne il dirige chaque concert comme si c'était son dernier et il vous prend une invincible émotion à le voir s'incliner sur son podium..
Je rentre pleine d'enthousiasme, convaincue à nouveau que rien ne surpasse la musique, je suis dépassée par un scooter, j'entends parler de Beethoven et je jubile d'être ici comme sur cette inscription :

Un peu de musique? Je vous conseille d'aller écouter sur son site cette jeune violoniste que j'ai rencontrée récemment.

30 avril 2009

Veiille du premier mai

Ce muguet, je l'ai cueilli dans le Tiergarten lundi dernier. Il faut avoir l'oeil avisé...
Vous me direz qu'en fait d'oeil avisé, j'aurais pu éviter le plan sur le trou dans la nappe.
Mais admirez plutôt ces charmantes clochettes! Et quel parfum!
A nous les promenades au bord des lacs, les lectures à l'ombre des grands arbres.



Depuis près de deux semaines que je suis rentrée de Grèce, je n'ai pas trouvé un moment encore pour m'extasier ici du parfum des lilas et de la métamorphose de Berlin, juste ce panier "plein de fleurs" à offrir aux lecteurs s'il en reste...

01 mars 2009

Il arrive

Qui? le printemps! Hier l'air s'est adouci, il a plu, qu'importe, j'ai filé à la nuit, vers Siegessäule, j'ai même grillé les feux... j'allais à un concert de musique contemporaine plus très contemporaine, expérimentale, bon enfant. Une impression de légèreté, on glisse plus vite.

Ce matin, le soleil brillait, les mésanges m'ont réveillée, tous étaient de sortis, même les perroquets! Non, je vous assure que ce n'est pas un pigeon. Notre homme lui faisait la conversation.

Ma photo est très mauvaise, j'ai dû lui courir après, j'ai laissé la poubelle, les connaisseurs diront qu'elle fait couleur locale.

Je me suis attardée am Kupfergraben, près de chez Angela Merkel - d'ailleurs il n'y avait pas d'agent en faction, aurait-elle déménagé?- chez les bouquinistes, à côté du Pergamon Museum, on pouvait fouiner dans les caisses de livres sans avoir les doigts gelés.
Au retour, je les ai cherchés, je savais qu'ils pointeraient : les premiers crocus (les premiers narcisses?)

Certaines allées du Tiergarten sont encore un peu boueuses du dernier dégel, mais quelle différence avec la semaine dernière. Les premiers arbres donnent des signes de vert, on respire enfin. Ah! il faut l'avouer, l'hiver est long ici. On le mesure au soulagement ressenti aux premiers attendrissements de l'air. Alors la ville se déploie largement, Berlin, Berlin, on frissonne de contentement d'être ici plutôt qu'ailleurs.